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« Méga » entrepôts : Plus grands sont les volumes, plus grands sont les risques

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C'est article est d'abord paru dans la revue Face au Risque.

C’est une évidence. Aujourd’hui, dans le monde du transport, la tendance est au gigantisme. Plus c’est grand, mieux c’est. Entrepôts de stockage et centres logistiques sont de plus en plus grands, tout comme les navires de transport de marchandises et les ports.

En élargissant entrepôts, navires, ports et voies maritimes, l’industrie du transport a gagné en efficacité et réalisé des économies d’échelle considérables, si bien que l’on peut aujourd’hui déplacer des marchandises à travers le monde de manière (plus) rapide, économique et sûre. Ces avancées ont permis à de nombreuses entreprises et secteurs de développer des méthodes de fabrication just-in-time dans le cadre desquelles les flux de production sont plus courts.

Malgré ces avantages de taille, l’échelle de ces opérations peut avoir des répercussions considérables sur une entreprise –voire un secteur entier– le jour où un incident survient. Lorsque les différents maillons de la chaîne logistique grandissent en taille, les problématiques de gestion des risques associées à la protection des marchandises se complexifient.


De l’importance des sprinklers

Il n’y a encore pas si longtemps, un entrepôt dépassant les 10 000 mètres carrés était considéré comme « grand ». Aujourd’hui, on le qualifierait de « petit » site. De nos jours, on voit souvent des entrepôts de 50 000 et 60 000 mètres carrés. Cela correspond à la taille de l’O2 Arena de Londres et c’est légèrement moins grand que l’usine Jean-Luc Lagardère à Blagnac dans laquelle sont assemblés les Airbus A380.

Une superficie aussi importante induit une toiture de taille considérable, ce qui veut dire que la conception et la construction de la structure revêtent davantage d’importance, en particulier si elle se situe dans une zone exposée à des vents forts et des chutes de neige importantes.

Étant donné le volume de marchandises stockées dans ces « méga » entrepôts, les systèmes de sécurité –et en particulier les sprinklers– sont essentiels. En cas d’incendie, les pompiers donnent naturellement la priorité aux employés qui peuvent s’être retrouvés coincés dans l’édifice, avant d’essayer de contenir l’incendie pour qu’il ne se propage pas à d’autres bâtiments. Mais lorsque les sprinklers ne suffisent pas à éteindre l’incendie dans les toutes premières minutes, il est souvent trop dangereux pour les pompiers de s’aventurer au sein de l’entrepôt pour en sauver le contenu.


L’influence limitée de l’occupant

L’impact d’un incendie dans un « méga » entrepôt est également décuplé lorsque ce dernier a été configuré pour offrir une flexibilité maximale.

Pour industriels et distributeurs, diviser un entrepôt en compartiments de 5 000 à 7 000 mètres carrés présente des avantages. La valeur des marchandises assurées dans chaque compartiment est limitée et les systèmes de sécurité doivent pouvoir empêcher une contamination par la fumée des compartiments voisins.

Cependant, aujourd'hui, de nombreux entrepôts sont gérés par des entreprises de logistique qui louent ces bâtiments auprès de développeurs immobiliers. L’utilisateur final du bâtiment n’est donc souvent pas le propriétaire du site, ni son gestionnaire. Cela signifie également que l’entreprise stockant ses marchandises dans un « méga » entrepôt n’intervient pas nécessairement dans la conception ou la construction de celui-ci, ni dans la mise en place des systèmes de prévention et de sécurité.

Et les entreprises de logistique privilégient souvent une configuration ouverte qui offre davantage de flexibilité.

L’un de nos clients, par exemple, a récemment centralisé l’ensemble de son inventaire nord-américain dans un nouvel entrepôt de 100 000 mètres carrés, au sein duquel ont été installés deux murs pour créer trois compartiments de 33 000 mètres carrés. Tous trois remplis de marchandises inflammables.

Notre client aurait préféré davantage de compartiments, de plus petite taille. Le propriétaire de l’entrepôt, en revanche, était réticent à diviser le bâtiment pour la simple et bonne raison qu’il souhaite pouvoir offrir, dans le futur, un certain niveau de flexibilité à un autre industriel ou un autre distributeur, le jour où l’entreprise décidera de quitter l’édifice.

 

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Il n’y a encore pas si longtemps, un entrepôt dépassant les 10 000 mètres carrés était considéré comme « grand ». Aujourd'hui, on voit des entrepôts de 50 000 et 60 000 mètres carrés. Cela correspond à la taille de l’O2 Arena de Londres.

 

Mettre à jour les systèmes de sécurité de votre nouvel entrepôt

Les risques augmentent également lorsque la configuration d’un entrepôt est modifiée.

Il arrive qu’un industriel ou un distributeur déplace l’ensemble de son inventaire dans un nouvel entrepôt –soit pour profiter d’un meilleur accès aux grands axes de transport, soit pour se rapprocher de son réseau de distribution ou de ses clients finaux. Une nouvelle entreprise loue alors à son tour l’entrepôt et exige de la société de logistique qui le gère d’en reconfigurer l’aménagement. Même espace mais –parfois– des marchandises et une configuration complètement différentes.

Malheureusement, le nouvel occupant de l’entrepôt ne passe pas toujours en revue les systèmes de sécurité qui ont précédemment été installés. Bien souvent, il ressort de l’analyse de nos ingénieurs que ces installations ne sont ni adaptées ni efficaces pour le nouvel occupant du bâtiment. Or, à ce stade, lorsque l’entrepôt est déjà rempli et en opération, le coût de la mise à jour de ces systèmes est souvent prohibitif.

Par ailleurs, il arrive que l’utilisation concomitante des systèmes d’évacuation des fumées et des sprinklers ne produise pas l’effet escompté par les locataires de l’entrepôt. Dans de nombreux pays, dont la Hongrie, la Pologne et la Chine, la réglementation exige que ces systèmes d’évacuation se mettent en marche de manière automatique dès que la fumée est détectée, afin de protéger les occupants de l’installation. Le problème, en revanche, est que l’ouverture de ces conduits d’évacuation peut retarder le déclenchement des sprinklers.


Le maillon faible de la sécurité des marchandises ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la majorité du travail réalisé dans ces « méga » entrepôts est de nature manuelle et la robotique n’y est pas encore omniprésente. L’utilisation de chariots élévateurs automatiques est assez fréquente, surtout dans les entrepôts stockant un éventail réduit de marchandises. En revanche, dans les grands centres de logistique, la présence et le travail des manutentionnaires sont essentiels.

En conséquence, l’Homme joue un rôle central dans beaucoup de sinistres… En analysant des données récoltées entre 2009 et 2013, l’association américaine pour la protection contre l’incendie (la US National Fire Protection Association) a démontré que 18 % des incendies survenant dans des entrepôts aux États-Unis ont été déclenchés de manière volontaire. Ces sinistres représentent 32 % des dommages directs et indirects résultant d’incendies d’entrepôts.

Et plus les bâtiments sont grands, plus ils nécessitent de main d’œuvre et sont, en conséquence, difficiles à sécuriser.

Récemment, un grand centre logistique au Royaume Uni a pris feu. Il s’est avéré que l’incendie avait été allumé par un employé mécontent. Ce jour-là, 1 300 employés étaient présents sur le site.

Cette problématique devrait devenir moins pressante au fur et à mesure que les centres logistiques s’automatisent –un robot est rarement mécontent ni ne déclenche d’incendies volontairement ! L’autonomie mobile n’est cependant pas sans risque. Les stations de chargement de ces machines intelligentes pourraient, par exemple, représenter un risque d’incendie. Une plus grande connectivité induit également une plus grande vulnérabilité aux risques cyber.

Reste donc à voir comment cette tendance au gigantisme et à l’automatisation impactera la conception, l’agencement et le fonctionnement de cette nouvelle génération d’entrepôts et de centres logistiques. Certains pensent, par exemple, que l’utilisation grandissante des drones entraînera le développement de nouveaux modèles logistiques de type hub and spoke (également appelés « réseaux en étoile »), similaires à ceux utilisés dans le domaine des télécommunications.

Quoi qu’il en soit, les industriels et leurs risk managers doivent bien garder à l’esprit que lorsque leur inventaire est en possession d’une tierce partie –ici, le gestionnaire de leur entrepôt ou centre logistique– ce sont leurs opérations qui sont à risque, si un incendie était amené à se déclencher dans leur centre logistique ou si le toit d’un de leurs entrepôts devait s’envoler suite à une rafale de vent. Étant donné la quantité –souvent astronomique– de marchandises stockées dans un « méga » entrepôt, un incendie, une catastrophe naturelle ou tout autre événement désastreux peut avoir des conséquences directes et indirectes sérieuses et durables.

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