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Blockchain dans l’assurance – de la théorie à la pratique

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Il y a peu, le responsable de la sécurité alimentaire de Walmart a demandé à son équipe de retrouver l’origine d’un paquet de mangues, acheté dans l’un des magasins du groupe. Il leur a fallu près de sept jours pour retracer le parcours de ces fruits jusqu’à la ferme mexicaine qui les avait cultivés.

Etant donnés ces délais, que ce serait-il passé si, par malheur, ces mangues s’étaient avérées être contaminées ?

Pour remédier ce problème, Walmart a décidé de faire appel à la technologie Blockchain. Elle leur permet d’enregistrer et de suivre le trajet de leurs mangues –et d’autres produits– de manière digitale. La chaîne de supermarché a ainsi étiqueté ses palettes et enregistre leur statut à chaque étape de leur acheminement, de l’exploitation agricole jusqu’au magasin.

Grâce à ce système, Walmart peut obtenir l’ensemble des informations relatives à un lot spécifique en exactement deux secondes. L’application permet de visualiser le parcours d’un produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement –y compris la date et l’heure auxquelles il entre et sort d’un site–, ainsi qu’un certain nombre de données, comme les cachets de douane ou le dernier certificat de sécurité en date de l’entrepôt réfrigéré où le produit a été stocké.


Vers un nouvel ordre

La technologie Blockchain –inventée en 2009– est à l’origine du Bitcoin, une devise virtuelle qui avait capté l’attention des professionnels de la finance et des nouvelles technologies, lors de son introduction. Il a pourtant fallu attendre plusieurs années avant que l’on mesure l’intérêt de cette technologie, qui offre un type de registre sécurisé, décentralisé et distribué, hébergé sur une plateforme collective.

Certains analystes estiment que l’adoption de la Blockchain correspondra à la cinquième grande vague informatique, après l’invention des ordinateurs centraux, des ordinateurs personnels, d’Internet et des réseaux sociaux. D’autres sont plus prudents. Vint Cerf, par exemple, l’un des pères fondateurs d’Internet, estime que la Blockchain « est devenue une sorte de formule magique pour certains secteurs ».

Jusqu’à récemment, on ne parlait de Blockchain qu’en relation avec le Bitcoin ou d’autres types de crypto-monnaies, mais cette technologie était rarement utilisée dans un cadre commercial.

Les temps ont changé. Ces derniers mois, Walmart, mais également d’autres entreprises, dont XL Catlin, ont dévoilé des projets qui démontrent l’intérêt de cette technologie pour différents secteurs.


Des processus plus efficaces

L’assurance maritime est un segment très complexe. Elle est quasi systématiquement de nature internationale et nécessite l’intervention d’un grand nombre et d’une variété d’acteurs. Les marchandises impliquées, quant à elles, sont en perpétuel mouvement.

Cette branche d’assurance repose par ailleurs, aujourd’hui, sur des processus aussi chronophages qu’onéreux. Entre clients, courtiers, assureurs apériteurs, co-assureurs, réassureurs, captives, experts en sinistre et autorités fiscales et de réglementation, la communication entre les différents parties est parfois difficile.

C’est pourquoi Maersk, l’une des plus grandes compagnies maritimes internationales, a décidé de s’associer à EY, Guardtime et XL Catlin dans le cadre d’une initiative visant à tester la viabilité d’une plateforme d’assurance maritime basée sur la technologie Blockchain –la finalité du projet étant d’évaluer la capacité de cette technologie à améliorer la collaboration et la transparence entre les différents intervenants, tout en réduisant les coûts associés à ce type de couverture.

Une phase de test, qui consistait à collecter et à traiter les données relatives aux navires et à leurs marchandises, s’est avérée être un succès et a permis de démontrer l’efficacité du concept, si bien que la plateforme sera officiellement lancée au début de l’année prochaine.


Vers un futur bien différent

Le succès de cette initiative pourrait inspirer d’autres utilisations de la Blockchain dans le domaine de l’assurance des grands risques.

L’un de nos clients nous a, par exemple, proposé de mettre en place une plateforme basée sur la Blockchain pour gérer son programme international d’assurance dommages, afin de rationaliser et de simplifier le processus d’affectation des primes en collectant et en validant toutes les données utiles dans un registre collectif unique.

Aujourd’hui, ce processus consiste à récolter manuellement des données sur la valeur des actifs couverts, l’historique des sinistres, etc. dans l’ensemble des pays concernés par le programme. Il s’agit d’un travail long et fastidieux qui empêche les risk managers de consacrer davantage de temps aux aspects plus stratégiques de la gestion des risques de l’entreprise.

En transférant cette activité vers une plateforme digitale, cette tâche pourrait devenir une pratique de routine, facile et rapide à effectuer. Cette application pourrait également comprendre des smart contracts qui exécuteraient un certain nombre de tâches de manière automatique, lorsque certaines conditions sont remplies.

Ces smart contracts pourraient être utilisés pour transférer des fonds automatiquement et rapidement entre les différents intervenants du programme : pour régler des sinistres, pour déplacer des fonds entre une captive et sa maison mère ou encore pour générer des polices locales dans le cadre d’un programme international.


Un potentiel à exploiter

La plateforme développée pour Maersk a également permis de mieux comprendre les difficultés et les principaux facteurs de réussite inhérents à cette technologie.

Tout d’abord, la qualité des données utilisées est essentielle. Un registre partagé permettant de déclencher des transactions plus rapidement et de manière plus transparente, doit être alimenté de manière cohérente et précise.

La transparence associée à cette technologie, cependant, est à la fois un atout et un risque. L’un des avantages de la Blockchain est qu’elle propose une version unique de la « réalité », dans la mesure où un bloc ne peut être ajouté sans avoir été préalablement contrôlé par l’ensemble des participants de la plateforme. Sans cette étape clé, un bloc contenant des informations erronées pourrait devenir une source de risques systémiques.

La Blockchain permet l’amélioration –voire l’élimination– de nombreux processus complexes, mais elle ne constitue pas une innovation en tant que telle. D’où cette question posée par certains experts : cette technologie permettra-t-elle au secteur d’être plus innovant ?


Favoriser l’innovation

Je pense que ce sera le cas, et ce pour deux raisons.

Tout d’abord, il est difficile de développer des solutions innovantes lorsque l’on est entravé par des processus inefficaces. En éliminant certaines de ces contraintes, on crée un environnement beaucoup plus propice à l’innovation.

Ensuite, les applications de la Blockchain pourraient elles-mêmes donner naissance à de nouvelles solutions et de nouveaux modèles commerciaux. Dans le domaine de l’assurance maritime, par exemple, les assureurs ne sont pas encore en mesure d’adapter directement le prix d’une police au profil de risque de chaque traversée. Ce serait sans doute différent s’ils avaient accès à une plateforme leur fournissant des informations précises, en direct, grâce à des capteurs embarqués ou des satellites météorologiques. De là à imaginer que cette innovation puisse déboucher sur des systèmes de paiement au kilomètre ou en fonction du mode de pilotage, similaires à ceux qu’appliquent certains assureurs automobiles, il n’y a qu’un pas. Et ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres.

En parallèle de ses travaux relatifs à la Blockchain, XL Catlin a mis en place différentes initiatives portant sur les nouvelles technologies et l’analyse de données. Notre objectif est de mieux comprendre les risques auxquels les entreprises sont confrontées, d’améliorer notre manière d’assurer ces risques et d’être encore plus efficace dans la gestion des sinistres de nos clients.

L’innovation est depuis longtemps au cœur de nos préoccupations mais nos équipes sont aujourd’hui plus flexibles et créatives qu’elles ne l’étaient auparavant. En discutant avec nos responsables, je suis sans cesse frappée par leur désir d’innover et de trouver de nouvelles solutions en explorant les technologies émergentes que sont, entre autres, les objets connectés et l’intelligence artificielle.

La Blockchain provoquera-t-elle un raz de marée dans le monde l’IT ? Il est trop tôt pour le dire, mais le succès de notre initiative en collaboration avec Maersk et EY nous fait penser que cette technologie présente un véritable intérêt, tout au long de la chaine de valeur, et pour l’ensemble des acteurs du secteur de l’assurance.


Hélène Stanway est Digital Leader chez XL Catlin. Elle accompagne nos équipes dans la réalisation de différents projets liés aux nouvelles technologies, en particulier la Blockchain, l’Internet des Objets et l’intelligence artificielle. Elle est basée à Londres et peut être contactée à helene.stanway@xlcatlin.com.

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